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Acteur du tourisme durable : agir seul limite les résultats, coopérer transforme le territoire

Isabelle Martin 9 min de lecture
Acteur tourisme durable : chaîne de valeur et tri des déchets pour un tourisme responsable

Un acteur du tourisme durable est une organisation ou un professionnel qui réduit les impacts de son activité tout en renforçant ses retombées positives pour les habitants, les salariés, les visiteurs et les écosystèmes locaux. Hébergeur, office de tourisme, agence de voyages, parc naturel, transporteur, prestataire d’activités ou collectivité : chacun peut agir, à condition d’inscrire ses engagements dans une démarche mesurable et collective.

Un acteur du tourisme durable agit sur toute la chaîne de valeur

Le tourisme durable ne se résume pas à supprimer les objets jetables ou à afficher une charte environnementale. Il cherche un équilibre entre les dimensions environnementale, sociale et économique. L’objectif est de préserver les ressources, de proposer une expérience respectueuse des lieux et de faire bénéficier le territoire de l’activité touristique.

Infographie des acteurs du tourisme durable et de la chaîne de valeur touristique
Infographie des acteurs du tourisme durable et de la chaîne de valeur touristique

Des métiers différents, une responsabilité partagée

Les acteurs concernés interviennent à chaque étape du séjour. Les destinations et les collectivités organisent les flux, la mobilité et l’information aux visiteurs. Les hébergements travaillent sur l’eau, l’énergie, les déchets, les achats et l’emploi. Les voyagistes conçoivent des itinéraires, sélectionnent leurs partenaires et informent leurs clients. Les activités de loisirs, les guides, les restaurants, les entreprises de transport, les écoles, les consultants et les médias ont également un rôle concret.

Un engagement sérieux suppose donc de regarder au-delà de son propre établissement. Une structure peut réduire ses consommations, mais aussi privilégier les fournisseurs locaux, améliorer l’accessibilité, proposer des emplois de qualité, protéger les patrimoines culturels et naturels ou encourager des séjours moins dépendants de la voiture individuelle. La transition concerne ainsi toute la chaîne touristique, et pas uniquement les entreprises qui accueillent directement les visiteurs.

Passer de l’intention aux preuves

Une démarche crédible repose sur des priorités identifiées, des actions suivies et une communication sincère. Un hébergement peut relever ses consommations d’eau et d’énergie, organiser le tri, revoir ses achats et former son équipe. Une destination peut, de son côté, accompagner ses prestataires, diffuser des solutions de mobilité et suivre la fréquentation des sites sensibles.

Les résultats ne sont pas toujours immédiats. Ils doivent toutefois pouvoir être expliqués, mesurés et améliorés dans le temps. Des indicateurs simples, comme la consommation d’eau par nuitée, la part des achats locaux ou le volume de déchets produits, aident à relier les engagements aux pratiques quotidiennes.

ATD, le réseau professionnel Acteurs du Tourisme Durable

Acteurs du Tourisme Durable, souvent désigné par le sigle ATD, est un réseau national créé en 2011. Il fédère près de 300 membres actifs issus de l’ensemble de la chaîne touristique. Son intérêt repose sur son approche multimétier : une destination, une entreprise, une institution, une école, un consultant ou un média peuvent y confronter leurs réalités et partager des solutions applicables.

Les missions : relier, informer et représenter

ATD nourrit une réflexion continue sur la transition du tourisme, alerte sur les enjeux du secteur et porte la voix des professionnels auprès des décideurs, des institutions et des médias. Le réseau aide aussi ses membres à repérer les bonnes pratiques, à comprendre les évolutions réglementaires ou sectorielles et à valoriser les initiatives qui produisent des effets concrets.

Pour une petite structure, l’intérêt d’un réseau est souvent d’éviter de repartir de zéro. Les retours d’expérience permettent de distinguer les idées séduisantes des démarches réellement réalisables avec un budget, une équipe et un calendrier donnés. Ils facilitent aussi la mise en relation avec des professionnels confrontés à des contraintes comparables.

Des formats utiles pour progresser

Les Universités du Tourisme Durable, les Meet-Ups locaux, les webinaires, les Trophées Horizons et les groupes de travail comme les TD Labs créent des occasions d’apprentissage et de coopération. Ces formats ne remplacent pas un plan d’action interne, mais ils donnent accès à des méthodes, à des interlocuteurs et à des exemples reproductibles.

Ils sont particulièrement utiles lorsqu’une organisation cherche à structurer ses premiers engagements ou à résoudre un problème précis. Une rencontre peut aider à cadrer une démarche, un webinaire à comprendre un dispositif et un groupe de travail à tester une solution avec d’autres professionnels.

Choisir le bon interlocuteur selon son projet

Il n’existe pas un réseau unique pour tous les besoins. Certains organismes animent une communauté professionnelle, d’autres proposent des ressources méthodologiques, accompagnent les destinations ou rassemblent des métiers spécifiques. Le bon choix dépend du profil de la structure et de l’objectif recherché : se former, obtenir une méthode, trouver des partenaires, structurer une destination ou faire connaître une initiative.

Structure Public principal Rôle utile
ATD Professionnels et organisations de la filière Réseau multimétier, échanges, événements, plaidoyer et bonnes pratiques
ADEME Entreprises et collectivités Guides, méthodes et conseils pour engager une transition environnementale
ADN Tourisme Institutionnels du tourisme Communauté professionnelle des organismes de destination ; 1 200 institutionnels regroupés
ATR Acteurs du voyage Réseau dédié au voyage responsable, actif depuis 2004
Atout France Destinations et entreprises Accompagnement et structuration de l’offre touristique française
Grands Sites et réseaux de parcs Territoires à forts enjeux naturels Protection des sites, gouvernance locale et tourisme compatible avec les patrimoines

Pour un office de tourisme ou une intercommunalité, ADN Tourisme et l’ADEME sont des relais pertinents pour la méthode et l’animation territoriale. Un opérateur de voyages s’orientera plus naturellement vers ATR. ATD convient lorsqu’il faut décloisonner les métiers, accéder à une communauté d’acteurs engagés et faire circuler les expériences.

Labels et outils : donner un cadre à sa démarche

Un label ne remplace pas une stratégie, mais il peut apporter un cadre exigeant, des critères de suivi et un repère compréhensible pour les clients. Pour les hébergements touristiques, l’Écolabel européen s’inscrit dans une démarche globale d’amélioration environnementale. Les consommations, les déchets, les produits utilisés, l’information des clients et le management font partie des sujets examinés.

L’Écolabel européen, un levier pour les hébergements

Selon l’ADEME, les structures labellisées Écolabel européen peuvent réaliser 34 % d’économies d’eau dès la première année et jusqu’à 17 % d’économies d’énergie dès la première année de certification. Ces résultats montrent l’intérêt de relier les engagements environnementaux aux pratiques d’exploitation quotidiennes : réglage des équipements, maintenance, achats, sensibilisation des équipes et information des clients.

Avant de viser une certification, il est utile de réaliser un état des lieux. Quels sont les principaux postes de consommation ? Quelles obligations sont déjà respectées ? Quelles actions peuvent être suivies avec des indicateurs simples ? Les conseils de l’ADEME destinés aux hébergements touristiques durables et aux candidats à l’Écolabel européen offrent une base de travail pour répondre à ces questions.

Ne pas confondre label, communication et progrès réel

Une communication responsable décrit ce qui est fait, ce qui reste à améliorer et les résultats disponibles. Elle évite les formulations vagues comme « séjour vert » lorsqu’elles ne sont accompagnées d’aucune preuve. L’accessibilité, les conditions de travail, les partenariats locaux et la préservation des patrimoines méritent autant d’attention que la réduction du plastique ou des émissions.

Le label peut aider à structurer une démarche, mais il ne dispense pas de suivre les effets des actions engagées. Les résultats doivent rester compréhensibles pour les équipes comme pour les clients, avec des informations précises et proportionnées aux moyens de l’organisation.

Mobiliser un territoire : créer une coopération qui dure

Une destination devient plus cohérente lorsque ses professionnels avancent dans la même direction. L’écologie touristique et territoriale applique cette logique à la filière : mutualiser des ressources, optimiser les flux de matières, d’eau, d’énergie ou de déchets, partager des équipements et développer des partenariats locaux. Elle s’inspire de l’écologie industrielle territoriale, adaptée aux réalités touristiques.

Le tourisme fonctionne comme un canal de circulation : visiteurs, données, denrées, linge, déchets, salariés et revenus traversent successivement les hébergements, les commerces, les sites de visite et les transports. Cartographier ces flux révèle souvent des coopérations peu visibles : collecte mutualisée des biodéchets, livraison regroupée, prêt de matériel, réemploi du mobilier, partage de compétences ou orientation des visiteurs vers des périodes et des lieux moins fréquentés.

C’est à ce niveau que la transition cesse d’être une somme de gestes isolés. Elle devient une organisation territoriale plus résiliente, capable de réunir des acteurs qui n’ont ni les mêmes métiers ni les mêmes moyens. La coopération peut aussi réduire le temps consacré à la recherche de solutions, car une initiative déjà testée localement est plus facile à adapter.

Une méthode simple pour fédérer les professionnels

  1. Choisir un enjeu commun : eau, mobilité, déchets, saisonnalité, emploi local ou pression sur un site fragile.
  2. Réunir un groupe diversifié : hébergeurs, restaurateurs, élus, offices de tourisme, gestionnaires d’espaces naturels et prestataires d’activités.
  3. Partager un diagnostic concret : pratiques existantes, freins, ressources disponibles et priorités locales.
  4. Lancer une action pilote : limitée, mesurable et facilement compréhensible par les participants.
  5. Capitaliser et diffuser : formaliser les résultats, ajuster l’action puis ouvrir la démarche à d’autres professionnels.

Rejoindre un réseau, consulter les ressources de l’ADEME ou s’appuyer sur la Charte européenne du tourisme durable peut sécuriser cette progression. L’essentiel est de choisir un premier chantier adapté à sa maturité, puis de faire de la coopération un réflexe professionnel plutôt qu’une action ponctuelle. Un acteur du tourisme durable agit ainsi sur ses propres pratiques tout en contribuant à une dynamique plus large, portée par le territoire et ses partenaires.

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